LE FESTIVAL ET SES ACTUALITÉS

Le festival des Journées de l'architecture 2019 :
Transitions / Übergänge

Cette année, les 19es Journées de l’architecture seront consacrées aux Transitions I Übergänge, thème dont les multiples expressions explorent notre réalité matérielle autant que symbolique.
Dans le contexte de ce festival, cette thématique puise sa force dans le fait que la transition représente un marqueur essentiel de l’espace frontalier. Les Journées de l’architecture se révèlent à chaque fois une formidable occasion de (re)découvrir nos pays voisins ainsi que les frontières que nous partageons avec eux, à la faveur d’une traversée du Rhin à vélo ou en participant à une manifestation outre-Rhin.
Une transition se joue aussi dans le temps. C’est à ce titre que seront évoquées la reconversion de bâtiments, la transformation de quartiers, et, bien-sûr la transition énergétique. Le festival abordera aussi la transition sur le plan personnel d’une phase de vie à une autre, d’un mode de vie à un autre.

Les 19es Journées de l’architecture proposent une programmation variée et enrichissante : conférences, visites guidées, performances, expositions, balades à vélo et en bateau, et pleins d’autres activités… Le tout dans une ambiance ludique, festive et conviviale !

Les temps forts

Conférence d’ouverture I 27 septembre 2019

Anupama Kundoo : Construire le savoir, construire la communauté

« En aidant des communautés à produire elles-mêmes une palette d’outils de construction simples, nous contribuons à la construction d’un savoir et restituons à la population le pouvoir de construire ses logements (…) Nous ne pouvons pas nous permettre de continuer à construire des édifices comme nous l’avons fait jusqu’à présent. »

Anupama Kundoo

…en un coup d’oeil

Née en 1967, à Pune, en Inde, Anupama Kundoo étudie à Mumbai (anciennement Bombay, Inde), puis soutient sa thèse de doctorat à la TU Berlin sur l’usage architectural de la brique. A la fin des années 1980, elle emménage à Auroville, ville au sud de l’Inde où sont expérimentées des formes alternatives de vivre ensemble urbain.

Après avoir enseigné à l’université en Allemagne, en Australie, en Angleterre et en Espagne, cette architecte est actuellement titulaire de la chaire d’“Affordable Habitat“ à l’université Camilo José Cela à Madrid.

Quel contexte urbain partagerons-nous à l’avenir ? Quel visage aura pour nous la ville de demain ? Cela fait à présent plusieurs décennies qu’Anupama Kundoo est en quête de solutions visionnaires pour répondre aux grandes problématiques de notre époque.

Urbanisation, croissance de population, migration, mondialisation, ségrégation sociale, pauvreté… Refusant l’innovation pour l’innovation, Kundoo évoque l’acte de construire comme un processus sensuel renforçant le savoir et la communauté , mais avec une contrainte essentielle : minimiser au maximum l’empreinte écologique.

Auroville, une ville laboratoire

Son passage à Auroville se traduit de manière évidente dans les travaux architecturaux qu’initie Kundoo à partir de 1990. Les projets étonnants de cette architecte indienne portent sa renommée au plan mondial tant ils tendent à dépasser l’architecture au sens strict en y incluant un nouveau regard sur le logement et l’aménagement urbain.

Conçues pour être implantées dans une zone particulièrement lésée par de graves problèmes environnementaux et sociaux, allant de la pénurie en eau potable, l’érosion des sols à la baisse de leur fertilité, les Shah Houses d’Auroville prévoient un système de récupération et de traitement des eaux de pluie.

En 2006, toujours à Auroville, Kundoo bâtit le TownHall Complex , bâtiment où l’eau de pluie est également récupérée depuis les toits et si bien retraitée qu’elle est servie à la cafétéria. Aux yeux de Kundoo, l’architecture n’est durable et propre à réduire les disparités sociales qu’à partir du moment où l’éducation et la formation permettent à la population de construire ses logements de manière autonome.

Produire et utiliser de nouveaux matériaux

Kundoo a réalisé de nombreux projets en Inde, requérant la production de matériaux de construction auprès de manufactures locales. Il s’agissait, d’une part, de proposer des pistes de développement économique et d’autre part de réduire l’impact de ces processus sur l’environnement. Conformément à sa devise «penser avec les mains », Kundoo investit ainsi beaucoup de temps à l’étude de matériaux à faible empreinte écologique. Le ferro-ciment, matériau à prix abordable produit localement, a ainsi toutes ses faveurs. Par son usage et celui de techniques traditionnelles telles que l’origami, Anupama Kundoo édifie des bâtiments d’une grande stabilité, requérant peu de matériel et proposant des volumes intérieurs agréables. Pour la réalisation de ces projets, l’architecte indienne a également recours à des matériaux naturels mais aussi issus du recyclage.

De l’élégance

Même si les immeubles qu’elle construit sont sobres , fonctionnels et se composent de modules simples, l’architecte ne sacrifie en rien leurs qualités esthétiques et leur originalité.

Distinctions

  • En 2014, la conception d’un magasin pour la marque Made in India, présentant ses vêtements à la manière d’une exposition, lui a valu un prix en 2015, le NDTV Commercial Interior of the Year au titre de meilleur environnement commercial de l’année.
  • Saluée par le titre indien d’Architecte de l’année en 1999 et 2003, Kundoo a remporté une mention spéciale dans le cadre de l’ ArcVision International Prize for Women in Architecture en 2013 pour son engagement en faveur de la construction durable.
  • Ses projets de recherche ont été mis à l’honneur à deux reprises lors de la biennale d’architecture de Venise.

Pour en savoir plus…

  • Kundoo, Anupama. Wissen bauen, Gemeinschaft bauen. FSB Wege zur Architektur. Brakel 2017.
  • www.anupamakundoo.com
  • www.youtube.com/watch?v=JEnkf6aO4Wg (Interview d’Anupama Kundoo)

www.youtube.com/watch?v=LbAWN62tVk0 (Berlin Questions 2017)

Conférence intermédiaire I 11 octobre 2019 – Zénith de Strasbourg

Kengo Kuma : Architecture & Nature

« C’est en empruntant ce chemin que l’architecture peut finalement faire une avec la nature. » Kengo Kuma

Qui est Kengo Kuma sinon un homme en passe de devenir l’un des architectes les plus emblématiques de notre époque ? Puisant dans la tradition constructive de son pays les principes d’une architecture durable inspirée de l’observation de la nature, l’architecte japonais construit sans relâche notre avenir à travers le monde.

 

…en un coup d’oeil

Né en 1954, à Yokohama, au Japon, Kengo Kuma étudie à Tokyo, puis de 1985 à 1986 à l’Université Columbia de New York où il était chercheur invité. En 1987, il fonde le Spatial Design Studio (aujourd’hui : Kengo Kuma & Associates). A partir de 2001 il enseigne. à l’Université Kei ō, puis à partir de 2009 à l’Université de Tokyo. En 2008, Kengo Kuma ouvre une agence à Paris.

* Le titre de la conférence que Kengo Kuma donnera le 11 octobre provient de deux essais publiés récemment par la « AA Association Architectural ». Par la présentation d’une sélection de projets réalisés par l’agence, Kengo Kuma partagera sa vision architecturale en y associant différents thèmes.

Cette conférence, en japonais, sera traduite simultanément en français et allemand.

Architecture & Nature

L’essence de son approche réside dans l’utilisation de matériaux récoltés , tant que cela est possible, in situ, et assemblés de manière à créer des espaces ouverts , jouant avec la lumière naturelle – la première ressource universelle.

La méthode pour appréhender la conception de nouvelles architectures doit être ouverte et polymorphe. Leurs structures doivent être en harmonie avec le corps humain. L’ensemble doit être léger et paisible. La lumière doit être filtrée par le bâtiment. Ces principes sont à l’opposé de ce que le bâtiment de béton représente. Après la dominance du béton, de l’acier et du verre au 20e siècle, Kengo Kuma prédit un retour à la nature au 21e siècle, l’architecture traditionnelle japonaise fournissant une source d’inspiration très riche à la création de formes aériennes et organiques.

La relativité des matériaux

La richesse tactile d’un matériau n’est rien si celui-ci se livre comme une masse opaque. Pour Kengo Kuma, le volume fermé apparaît sans vie, sans capacité de changement d’expression. Si un matériau se décompose en particules, alors celles-ci apparaissent mouvantes et évanescentes. Par le mouvement de la lumière naturelle ou de l’observateur, la matière se disperse comme un nuage. Les claustras, d’abord perçues comme des murs et tendent à s’abstraire. C’est sur ces notions d’apparente finesse et de transparence que s’exprime son architecture.

La démarche environnementale

A l’ère de l’anthropocène, nous ne pouvons plus nous permettre d’être des créatures passives dépendantes d’un système en expansion accélérée. Par ailleurs, les catastrophes naturelles nous rappellent la nécessité de rester humbles devant l’acte de construire. Une autre relation et un équilibre entre les hommes et le monde est toujours à trouver. Dans cette conférence, il sera question des potentialités de l’architecture pour aider à cette transition.

L’agence Kengo Kuma & Associates a fait ses preuves dans la mise en oeuvre de matériaux naturels et dans la prise en considération et la réinterprétation des ressources culturelles, régionales et environnementales.

 

Réalisations

  • L’agence de Kuma est lauréate du concours relatif à la construction du Parc des expositions de Strasbourg qui couvrira 6 hectares près du Palais des Congrès. Début des travaux : octobre 2019. Date de livraison : 2021.
  • Station de métro Saint-Denis-Pleyel pour la nouvelle ligne Grand Paris Express
  • En cours de construction : nouveau stade olympique national de Tokyo, dans perspective des Jeux olympiques d’été de 2020
  • 2013 : Cité des Arts et de la Culture de Besançon
  • 2013 : FRAC de Marseille
  • Salon de thé japonais gonflable pour le Museum für Angewandte Kunst de Francfort

 

Distinctions

  • En 2016, Kengo Kuma reçoit deux prix internationaux consacrant sa démarche durable et ses réalisations soucieuses de l’environnement : le Wood Design Award et le Global Award for Sustainable Architecture.
  • Spirit of Nature Wood Architecture Award en 2002 pour le musée Hiroshige Ando par l’utilisation du bois comme métaphore de l’esprit de l’artiste d’ukiyoe Hiroshige Ando
  • Grand Prix Design en 1995 et en 2000

 

Pour en savoir plus…

  • https://kkaa.co.jp/ (site web de Kengo Kuma)
  • www.youtube.com/watch?v=a0m4gCsa6js (clip du Goethe-Institut)
  • https://www.youtube.com/watch?v=EgmhECDNGus (Télé Matin)

Soirée de clôture I 31 octobre – Oberrheinhalle Offenburg

Eduardo Souto de Moura : Je construis toujours des murs

„Je construis toujours des murs. Il m’est difficile de construire tout simplement une maison.  Il me faut un centre – que ce soit une pierre ou un arbre. Mais je n’arrive pas à construire une maison toute seule parce que j’ai toujours vécu avec des limites. Je ne sais pas si c’est dû à un besoin de me sentir en sécurité ou si c’est autre chose.“

Eduardo Souto de Moura

Qu’il s’agisse de la construction de maisons individuelles ou de grands projets tels que des stades de foot ou des barrages – le mur, aux yeux d’Eduardo Souto de Moura, est l’élément central et la pierre le matériau primordial. Prisant le marbre ou le granit pour leur caractère naturel, Eduardo Souto de Moura a également recours au béton et à la pierre artificielle pour donner corps à ses concepts formels.

 

…en un coup d’oeil

 

Eduardo Souto de Moura est né en 1952 à Porto, ville où il est également professeur à l’Ecole Supérieure des Beaux-Arts.

En 2011, il obtient le prix Pritzker, considéré comme le prix Nobel dans le domaine de l’architecture. Le jury du prix d’architecture le plus important relève que son style « possède la faculté unique de combiner des caractéristiques apparemment contradictoires : puissance et modestie, flamboyance et subtilité, une autorité publique audacieuse et un sens de l’intimité ».

 

Simplicité

 

Les édifices de Souto de Moura se caractérisent par la sobriété de leur style. L’architecte portugais, tendant à la simplicité voire au minimalisme, travaille à une traduction contemporaine de traditions architecturales et constructives portugaises. Pour lui, il est important de préserver ce patrimoine et de s’en enrichir pour les ferments d’avenir qu’il propose.
Souto de Moura a été marqué par la tradition du modernisme et par l’oeuvre de l’architecte allemand du Bauhaus Mies van der Rohe.

Murs et patios

Dans ses travaux architecturaux, Souto de Moura pose de nombreuses questions sur les ouvertures opérées dans les murs, qu’il s’agisse de fenêtres ou de portes. Au fil de sa carrière d’architecte, il prévoit des fenêtres de taille de plus en plus réduite, se rapprochant ainsi davantage de celles d’édifices traditionnels telles l’on peut les identifier au Portugal.

La création de sensations de confort, d’intimité est fondamentale pour Souto de Moura qui aime surtout à construire des maisons proposant patios et cours intérieures. Ces espaces, dépourvus de toit, constituent un filtre, une transition entre intimité et champ public.

De grands projets et des maisons individuelles

C’est le stade de football de Braga au Portugal, conçu à l’occasion de l’Euro 2004, qui a contribué à faire connaître Edouardo Souto de Moura. Ce stade, pour partie construit dans la roche, est doté d’un toit permettant d’attirer la lumière naturelle vers la pelouse. Parmi les réalisations de l’architecte on trouvera également la Maison du cinéma imaginée pour le cinéaste Manoel de Oliveira ainsi que le Musée Paula Rêgo qui abrite les oeuvres de l’artiste Paula Rêgo. Ce dernier se caractérise par une façade quasiment dépourvue de fenêtres et par une forme pyramidale provoquant une vive impression de monumentalité.

En outre, Eduardo Souto de Moura a été désigné pour réaliser la nouvelle scène nationale de Clermont-Ferrand, qui sera très prochainement livrée. A côté de ces grands projets, Eduardo Souto de Moura continue de concevoir ces maisons individuelles qui ont contribué à sa popularité, notamment au début de sa carrière. Car aux yeux du lauréat du prix Pritzker, l’architecture est avant tout du travail créatif à destination des particuliers ; l’histoire de la maison étant pour lui indissociable de celle de l’architecture.

L’architecture comme réponse à la crise

 

Dans sa création architecturale, Eduardo Souto de Moura réagit aussi à des situations de crise. C’est ainsi qu’il a vu la chute de la dictature portugaise comme une opportunité de construire un nouveau pays. Pour réagir à la crise de l’euro qui a fortement touché le Portugal, il serait également question de développer une nouvelle façon de bâtir.

 

Réalisations

  • Stade de football de Braga, Portugal
  • Maison du cinéma pour le cinéaste Manoel de Oliveira, Portugal
  • Musée Paula Rêgo, Portugal
  • Scène nationale de Clermont-Ferrand, France

 

Distinctions

  • Prix Pritzker 2011
  • Prix Wolf (2013) dont cinq distinctions sont décernées chaque année pour des réalisations dans l’intérêt de l’humanité

 

Pour en savoir plus…